Un accord à 10 milliards $ avec les Émirats arabes unis qui interroge une nouvelle fois la souveraineté économique de la RDC
- PanAFreeKa News

- 3 févr.
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La République démocratique du Congo et les Émirats arabes unis ont signé ce 2 février 2026 à Abu Dhabi un accord destiné à porter leurs échanges économiques à 10 milliards de dollars d’ici 2030. L’annonce est présentée comme un tournant stratégique majeur pour l’économie congolaise.
L’accord repose sur trois piliers officiels : l’ouverture du marché émirati à des milliers de produits congolais, le développement du port en eaux profondes de Banana et une coopération accrue sur la traçabilité des minerais. Sur le papier, il est question de souveraineté économique et de modernisation logistique.
Mais les Émirats arabes unis ne découvrent pas la région des Grands Lacs avec cet accord. Ils sont déjà depuis plusieurs années un acteur central du commerce de l’or et des minerais issus de l’Est congolais.
Une grande partie de ces ressources ne transite pas par les circuits officiels de Kinshasa. Elles empruntent plutôt de façon illégale, des routes bien connues passant par le Rwanda, l’Ouganda ou le Kenya avant d’atteindre Dubaï.
Ce marché fonctionne depuis des années dans une zone grise où les ressources quittent la RDC en détournant les canaux institutionnels officiels. Pourtant, leur destination finale, elle, est parfaitement structurée et organisée.
Ce modèle rappelle ce qui a pu être observé au Soudan, où des réseaux commerciaux vers les Émirats coexistent avec un conflit armé interne. Les EAU ne sont pas des acteurs militaires, mais des acteurs économiques présents dans des zones instables où ils s’enrichissent du business de la guerre et des génocides qui en résultent.

Dans ce contexte, l’accord signé avec Kinshasa ne crée pas une nouvelle dynamique commerciale. Il semble plutôt intégrer officiellement la RDC dans une architecture régionale qui fonctionnait déjà sans elle.
Une question demeure centrale : Kinshasa et la population congolaise pourront-elles réellement tirer bénéfice de ce partenariat ? L’expérience passée des circuits commerciaux régionaux montre que la valeur des ressources congolaises se crée en dehors du contrôle direct de l’État.
Ces circuits opaques qui fonctionnent dans une totale impunité et engendrent des millions de victimes ne profitent pas uniquement à des acteurs extérieurs. Plusieurs rapports et enquêtes ont déjà montré que des décideurs et certaines autorités congolaises y trouvent également leur intérêt, ce qui alimente la crainte que ce nouvel accord puisse servir d’écran à de nouveaux détournements dans un contexte de gouvernance marqué par des détournements de fonds massifs et une corruption généralisée.
Pendant que l’Est du pays reste marqué par l’instabilité et la présence des terrorsites rwandais du M23, des circuits commerciaux largement documentés comme illégaux continuent d’extraire et d’exporter des ressources issues de ces zones.
Ces flux, qui transitent par les pays voisins avant d’atteindre les marchés internationaux, alimentent des chaînes d’approvisionnement dont profitent de grandes entreprises et multinationales, loin du contrôle effectif de l’État congolais.
Présenté comme un accord de souveraineté économique, ce partenariat une nouvelle manière de connecter la RDC à un système régional qui prospère déjà sur son désordre.
Il ne s’agit pas d’une rupture, mais d’une continuité sous une autre forme.











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