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Au Mozambique, le président Daniel Chapo défie TotalEnergies avec un audit lié au giga projet gazier du Cabo Delgado

  • Photo du rédacteur: PanAFreeKa News
    PanAFreeKa News
  • 28 déc. 2025
  • 2 min de lecture

Le gouvernement mozambicain a diligenté un audit indépendant des coûts déclarés par TotalEnergies pendant la période de « force majeure » ayant mis en suspens le projet de gaz naturel liquéfié d’Afungi depuis 2021. Une décision lourde de sens dans un pays longtemps sommé d’accepter, sans discussion, les conditions imposées par les multinationales étrangères.


En plus d’une extension de la concession de 10 ans, TotalEnergies réclame 4,5 milliards de dollars pour des coûts engagés durant la suspension du projet, après l’attaque terroriste de Palma le 24 mars 2021, qui avait fait plus de 800 morts. La compagnie souhaite intégrer cette somme au coût global de l’investissement, ce qui réduirait mécaniquement les futures recettes fiscales du Mozambique issues du gaz du bassin de Rovuma. Pour l’État, l’enjeu est clair : qui doit réellement payer le prix de la « force majeure » ?


Les multinationales des secteurs gaziers, pétroliers ou miniers comme TotalEnergies, ExxonMobil ou Eni disposent systématiquement de plusieurs niveaux de couverture d’assurances commerciales et politiques. Le risque de force majeure est donc déjà mutualisé et totalement ou partiellement indemnisé en amont. Alors pourquoi TotalEnergies demande quand même à l’Etat du Mozambique de payer?


Parce que les contrats léonins sont rédigés de sorte à protéger le rendement de l’investisseur, à mutualiser les pertes et à privatiser les profits. C’est ainsi que les clauses relatives à la force majeure suspendent souvent les obligations de l’entreprise sans mettre en pause les concessions accordées par l’Etat. Les multinationales spoliatrices transfèrent donc le risque à l’État hôte, donc au contribuable africain.


Sur le plan économique et juridique, cette façon de faire est hautement contestable. La force majeure est, par définition, un événement hors du contrôle des deux parties. L’investisseur est censé intégrer ce risque dans son modèle économique, l’assurer et l’absorber comme coût du capital. Les pays africains, qui fournissent la ressource, le territoire, la sécurité, sont donc fondés de refuser d’assumer seuls les chocs, pendant que les multinationales voient leur rentabilité garantie.


La décision du gouvernement mozambicain de faire auditer les coûts présentés par TotalEnergies indiquent que les contrats ne sont plus intouchables et que les multinationales ne dicteront plus unilatéralement leurs chiffres et leurs conditions.


Cette décision s’inscrit dans une dynamique continentale plus large de remise en question de montages contractuels défavorables aux intérêts des populations locales. De plus en plus de gouvernements africains contestent des accords énergétiques et miniers déséquilibrés, hérités d’une époque où la promesse d’investissement suffisait à faire taire toute exigence de souveraineté économique.


Avec plus de 65 000 milliards de pieds cubes (tcf) de gaz découverts et un potentiel de 43 millions de tonnes de GNL par an, le Mozambique est devenu un acteur stratégique dans un monde en quête de sécurité énergétique. Mais cette richesse ne sera plus bradée. La reprise du projet dépend désormais d’un nouvel équilibre entre État hôte et multinationale, dans un contexte où l’Afrique refuse de rester un simple terrain d’extraction.



 
 
 

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